Forccast à l’horizon 2020 – une dynamique de pérennisation

publié par équipe FORCCAST le 20 déc. 2019

catégories Colloque · Controverses · Enseignement secondaire · Enseignement supérieur · Événements · Simulations · Tout public

Alors que le programme Forccast entamera son ultime année de financement en janvier 2020, quelques actions fortes menées ces précédents mois ont posé les jalons d’une dynamique de pérennisation. Parmi elles, l’accueil à Sciences Po et la participation de Forccast au grand colloque international organisé par l’ANR, qui a réuni début décembre les 36 projets d’innovation pédagogique, lauréats de l’appel à projet de l’Agence en 2012, suivi d’une simulation portant sur l’huile de palme et le glyphosate avec des lycées français à l’étranger du réseau AEFE dix jours plus tard, ainsi que d’une formation dans le cadre du plan académique de formation de Créteil.

36 IDEFI accueillies à Sciences Po

Les 2, 3 et 4 décembre derniers, Forccast et les trente-cinq autres Initiatives d’excellence en formations innovantes (IDEFI) ont été célébrées à l’occasion d’un grand colloque international organisé par l’ANR. Ces projets financés pour sept ans ont été portés par divers établissements de l’enseignement supérieur. Ainsi, Sciences Po a eu l’honneur d’accueillir le colloque toute une journée. Le directeur de Sciences Po, Frédéric Mion, a ouvert la matinée du mardi 3 décembre par un discours qui a insisté sur l’accompagnement essentiel à la transformation et adaptation des méthodes et contenus pédagogiques que Forccast avait prodigué, et l’impact qu’il avait eu sur l’ensemble des formations dispensées à Sciences Po, dans “un monde [où] la production de connaissances ne peut aller aussi vite que l’innovation”. Ceci, notamment à travers les cours Sciences et Sociétés, dispensés aux 1600 étudiant-e-s de deuxième année sur tous les campus, et des dispositifs d’apprentissage innovants par la recherche tels que l’analyse de controverses ou encore la mise en situation des simulations de débats. Son discours a précédé l’intervention à une table ronde de Bénédicte Durand, directrice de la Formation de l’institution, qui a souligné le rôle des IDEFI dans la transformation de la formation, des équipes pédagogiques, des cursus.

Le directeur de Sciences Po Frédéric Mion ouvre le deuxième jour du colloque par un discours traduit en langue des signes. Crédit photo : Jean-Pierre Berthet
Bénédicte Durand (à droite), Directrice de la Formation de Sciences Po.

Le colloque s’est ouvert aux témoignages d’apprenant-e-s ayant bénéficié des enseignements délivrés par les divers IDEFI. Ainsi, Ouweïss Charbonneau-Daouadji est venu partager son expérience devant un amphithéâtre Emile Boutmy complet. Elève de terminale ES au microlycée 93, Ouweïss a réalisé son exposé de TPE (ancienne épreuve anticipée du baccalauréat), encadré par l’équipe du microlycée préalablement formée par Forccast. Ouweïss et ses camarades ont mené une étude sur l’interdiction des moteurs thermiques à Paris, les amenant à rencontrer l’un des conseillers d’Anne Hidalgo à l’Hôtel de ville en janvier dernier, à la suite d’une formation à la technique de l’entretien sociologique dispensée par Forccast. Le microlycée 93 et Forccast entretiennent un partenariat depuis 2012, dans le cadre duquel l’équipe a enseigné la cartographie de controverses à plusieurs classes de première en vue de leur examen de fin d’année. Un succès notable auprès des microlycéen-nes, comme en a témoigné le jeune homme qui a insisté plusieurs fois sur la pertinence du format et des contenus proposés par Forccast, pour un élève “décrocheur et peu intéressé par l’école”, comme il s’est lui-même décrit.

Ouweïss Charbonneau-Daouadji (au centre) en plein témoignage

Le lendemain, cette fois-ci au CRI, les équipes Forccast et Édifice se sont réunies lors d’une table ronde portant sur le transfert des connaissances et méthodes à d’autres établissements, pour parler du partenariat récemment établi entre les deux IDEFI. Avec le soutien de Forccast, Édifice propose depuis peu un parcours Controverses dans son programme. Une formation assurée en octobre dernier par l’équipe Forccast aux porteurs-euses d’Édifice avait concrétisé cette collaboration, la cartographie de controverses faisant désormais l’objet de divers projets dans trois établissements de l’enseignement secondaire orléanais. De plus, le partenariat engagera des étudiant-e-s de l’université d’Orléans l’année prochaine, comme le projette la directrice d’Édifice, Françoise Archaimbault.

Françoise Archaimbault (deuxième à gauche), directrice d’Édifice aux côtés de Thomas Tari, directeur de Forccast. Crédit photo : Christelle Lison / @krieklison

Une formation de formateurs-trices couplée à une simulation pour leurs élèves

Dix jours après le colloque, Forccast a accueilli à Sciences Po pour la deuxième année consécutive cinq établissements français à l’étranger. En effet, les lycées français de Vienne, Porto, Athènes, Copenhague et La Haye avaient participé à une grande simulation portant sur les sujets brûlants du glyphosate et de l’huile de palme, organisée par Forccast en novembre 2018. Ce projet avait cristallisé un partenariat mis en place avec l’Agence pour l’enseignement français à l’étranger (AEFE), porté par l’inspectrice pédagogique régionale Christine Jacquemyn auprès du réseau de l’agence.

Le mercredi 11 décembre, des classes de première et terminale des cinq mêmes lycées accompagnées de leurs professeur-e-s, formé-e-s à la cartographie de controverses l’année d’avant, se sont rendues à Sciences Po pour un deuxième épisode de simulations autour du glyphosate et de l’huile de palme. La réussite de la première expérience en novembre 2018 a incité quatre nouveaux établissements du réseau AEFE à se joindre au dispositif à la rentrée dernière. Ainsi, des enseignant-e-s des lycées français de Rome, Lisbonne, Cotonou et Munich se sont également déplacé-e-s à Paris en observateurs-trices, pour se familiariser avec les phases de préparation d’un exercice d’une telle envergure, dans le cadre d’une formation assurant la diffusion des méthodes au coeur de l’AEFE, menée par Vincent Casanova.

A l’instar de l’année dernière, les élèves ont participé à des cours d’art oratoire encadré-es par cinq comédien-ne-s professionnel-les toute la matinée, mêlant échauffements physiques et vocaux, et exercices de prise de parole en public. Ceci, afin d’incarner leurs rôles avec aisance et conviction.

Les élèves en plein travail. A droite, Luigi Cerri, comédien professionnel, collabore régulièrement avec Forccast pour former les publics à l’art oratoire.

Les simulations ont débuté l’après-midi dans deux salles de Sciences Po selon le thème traité : l’amphithéâtre Erignac pour l’huile de palme, la salle de pédagogie active de Forccast pour le glyphosate. Chaque simulation a été divisée en deux sessions de trois quarts d’heures pour permettre à tou-t-e-s de prendre la parole, plusieurs lycéen-ne-s endossant le même rôle. Malgré la difficulté que pouvait poser la réitération d’une même arène, les élèves sont parvenu-es à insuffler une nouvelle énergie à chaque session. Incarnant pleinement leurs rôles, ils-elles ont débattu avec ferveur tout en restituant les connaissances acquises avec brio, dépassant les éventuelles divergences entre leurs propres opinions et celles de leurs acteurs-trices.

La journée s’est conclue sur une mise en perspective des connaissances acquises par le jeu, et un échange sur les objectifs de l’exercice : ouvrir une réflexion sur les formes des débats démocratiques autour d’enjeux techniques et scientifiques, et sur la capacité en tant que citoyen-ne-s à se repérer dans l’incertitude.

Les élèves en plein débat sur le glyphosate
Le groupe huile de palme

Le lendemain, les professeur-e-s se sont retrouvé-e-s pour partager leurs observations et discuter du format de la journée précédente, alors que les élèves ont profité de la présence de deux étudiantes de Sciences Po (l’une ayant effectué sa scolarité au lycée français de Vienne), qui ont été heureuses de témoigner de leurs expériences sur les campus et de présenter l’institution aux lycéen-ne-s.Toutes et tous ont fait part de leur joie de ces heures passées à Sciences Po. Les professeur-e-s des nouveaux établissements ont exprimé leur enthousiasme d’avoir intégré le dispositif et participé à ce deuxième épisode. Très attentif-ves à chaque phase de travail, ils ont pu échanger avec leurs collègues des établissements “pilotes”, qui contribueront à leur formation dans le cadre d’un parrainage. Dans cette optique, ces dernier-ères poursuivront leur apprentissage de futur-e-s formateurs-trices lors d’un autre stage à Lisbonne en février 2020, sur le modèle d’un stage approfondi qui a eu lieu à Porto en février 2019.

Ce mois de décembre a donc été l’occasion de faire le bilan des actions entreprises sur les sept dernières années, dans une perspective non pas de clôture, mais de pérennisation des dispositifs pédagogiques déployés. Cette diffusion est vivace auprès des enseignants de l’AEFE engagés autour de l’action pédagogique pilote monde dédiée à l’analyse de controverse, mais elle se prolonge également par d’autre moyens, tel le Plan académique de formation (PAF) de Créteil pour lequel les équipes Forccast sont mobilisées les 19 et 20 décembre. Ainsi, Forccast aborde cette dernière année de financement en œuvrant concrètement pour la pérennité des connaissances et expériences pédagogiques au-delà du terme du programme.