Former des enseignants à une pratique décloisonnée des savoirs

publié par Equipe FORCCAST le 05 févr. 2018

catégories Enseignement secondaire · Formation des formateurs · Interview

INTERVIEW Les 16, 17 et 18 janvier 2018 avait lieu l’un des stages du Plan académique de formation de l’académie de Créteil dans les locaux de Sciences Po, à Paris. Trois jours de formation pour découvrir le cours de cartographie des controverses et les outils dédiés. Malika Meziadi, enseignante au lycée en Sciences et Techniques Médico-Sociales et formatrice à l’académie de Créteil, et Julia Dumont, professeur d’Histoire-Géographie en collège et détachée comme médiatrice à l’Atelier Canopé 94, en font le bilan.

Pourquoi être venues suivre cette formation ?

Julia Dumont – Je suis médiatrice pour le réseau Canopé. Le programme aborde des problématiques sur lesquelles nous travaillons, comme la pédagogie active, l’éducation aux médias et à l’information (EMI) ou la recherche scientifique.

Malika Meziadi – De mon côté, j’enseigne au lycée les Sciences et Techniques sanitaires et sociales. Les thèmes d’actualité évoqués ici sont des sujets traités dans ma discipline. De plus, rénover les pratiques pédagogiques, développer l’esprit critique des élèves sont des préoccupations centrales aujourd’hui chez les enseignants. Il se trouve qu’en plus d’enseigner au lycée, je suis formatrice à mi-temps au pôle numérique de l’académie de Créteil : nous scénarisons des formations autour, par exemple, de la gestion des données et de l’esprit critique. Je suis venue pour avoir de nouvelles idées. Et également – c’est tout aussi important – pour échanger avec d’autres formateurs.

Qu’avez-vous retiré de ces journées ?

MM – C’était très riche, notamment dans sa dimension théorique. Je suis assez surprise, je pensais en retirer surtout des informations pratiques. Ça donne envie d’approfondir l’aspect sociologique des controverses présenté ce matin !

JD – Tout à fait ! On a assez envie d’aller consulter la bibliographie qu’on nous a fournie. Mais les aspects pratiques donnent également envie d’être testés. La cartographie des controverses est vraiment interdisciplinaire. Or, l’esprit critique est interdisciplinaire aussi… Ça nous permettrait de travailler tous ensemble.

MM – D’autre part, en plus d’être inspirante, la formation nous permet d’appréhender des points d’exigence, les points de vigilance utiles à la pratique en classe : les paliers pédagogiques sont expliqués et permettent d’appréhender l’accompagnement de ce type d’activités ambitieuses, par exemple. La documentation nous aide dans la préparation pour nous permettre de tester la pratique. Les exemples d’activités, expérimentés puis expliqués étape par étape, nous permettent de reproduire plus facilement cette nouvelle pratique pédagogique.

JD – On est également rassurés sur le fait qu’on n’est pas obligés de connaître tout sur tout. La formation invite à changer de posture, à changer la façon dont on accompagne les élèves : non pas en maîtrisant le sujet de fond, mais en les accompagnant sur la méthode.

MM – Le changement de posture, le développement de l’esprit critique – l’environnement de travail aussi – sont des préoccupations très actuelles chez les enseignants. Aujourd’hui, les élèves ont accès à de multiples informations et ressources instantanément, via les accès numériques qu’ils ont chez eux. Notre rôle est de leur apprendre à les utiliser.

Après cette formation, quelles applications envisagez-vous ?

MM – Pour ma part, je vois d’abord ce que je pourrais faire avec les thématiques qu’on a pu aborder. Je proposerais bien un travail sur les crises sanitaires et plus généralement, sur toutes les thématiques qui font débat aujourd’hui et sur lesquelles les élèves pensent devoir tout de suite se positionner sans prendre le temps de la réflexion.

JD – En ce qui concerne la méthode, cela pourrait s’appliquer, au lycée, au TPE (Travaux Personnels Encadrés) et, au collège, à l’EPI (Enseignement Pratique Interdisciplinaire), obligatoire depuis la réforme.

MM – En Sciences et Technologies de la Santé et du Social (ST2S), nous expérimentons un projet interdisciplinaire dans l’établissement intitulé : “ST2S et humanités”, pour lequel nous faisons intervenir un professeur de philosophie dès l’année de première. Nous avons choisi de traiter l’eugénisme avec les élèves et cette pédagogie par la cartographie des controverses nous serait très utile !

JD – Mais les applications ne concernent pas que les cours du secondaire : en tant que formatrice et médiatrice, je crois que l’étude des controverses pourrait être intéressante en formation Prof Doc, ou en animation 3D – deux types de formation destinés aux professeurs documentalistes. En tout cas, Hyphe Browser sera particulièrement pertinent pour la formation sur la veille !

Propos recueillis le 18.01.18

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